翻訳 FR→JP À vous les studios スタジオへようこそ / Lapsus et Coutumes 失言と習慣

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À vous les studios

"…c'est pourquoi les dégagements gazeux de cette poche souterraine ont pu causer la mort de ces six personnes. L'hélium ayant pénétré dans tout l'organisme via le réseau sanguin explique sans nul doute le détachement du derme des victimes - et la découverte de leur peau deux kilomètres plus au Sud, si l'on prend en compte le changement de la pression atmosphérique de ce site selon le…"

Mouais. Un peu gros quand même.
Octavio Gémini avait passé une nuit blanche sur cette question d'espagnols écorchés vifs -et, en dépit de la soixantaine de boulettes de papier froissé qui jonchaient le sol du DCD (le Département de Censure et de Désinformation), il n'était toujours pas arrivé à quoi que ce soit d'acceptable. Peut-être qu'en reprenant l'histoire de la secte et en la modifiant un peu… Non, non…

Reposant son stylo, le docteur se massa l'arrête du nez avant de reprendre une gorgée de café froid. Bon. Temps pour une pause mail.
58 nouveaux mails.
Génial.

Miseleï et la disparition d'une ville entière en République Tchèque. Bah. Qu'il se démerde.
Deuxième mail de Miseleï : "J'ai quelque chose de très important à vous communiquer." Ouaip, comme à chaque fois qu'il faut expliquer à un gosse qu'il n'y a pas de monstre sous son lit. Hmpf. Licenciement de ce journaliste du New York Times avec ses histoires de résurrection : fait. Licenciement de l'auteur du best-seller "Ma fiancée était une larve géante" et destruction des derniers tirages : fait. Plus qu'à diffuser massivement des amnésiques aux lecteurs.
Licenciement des employés du Site-Aleph : on verra ça plus tard, en espérant qu'il reste suffisamment d'amnésiques.
Licenciement du juge de la Cour Suprême et amnésie des jurés dans l'affai-attendez, quoi ?

Les yeux fatigués du Dr. Gémini remontèrent la liste des mails. Licenciement. Site-Aleph. Lui compris ?
Blablabla… situation financière… blabla… chiffres non communiqués… blabla… usage de fond à des fins personnelles… (Usage de fond à des fins personnelles ? Conneries ! songea-t-il avant de renverser du café sur son veston Armani.)…blablabla… aucune mutation à pourvoir… amnésiques non-négociables…
Merde.

Très drôle.
Ahah, ahah, ahah.
Le crétin qui avait créé ce hoax allait voir du pays, ou plutôt l'entrevoir à travers un œil au beurre plus noir que le niveau de menace du dernier des Keter. Qui ça pouvait être ? Henri, le mec de la Censure sur lequel il avait reversé un café la semaine dernière ? Roxane, sa propre secrétaire ? Ou le nouveau de la compta, là. Il avait l'air louche celui-là.

Coup d’œil sur l'envoyeur du mail. L'Administration. Cachets officiels, certes, mais falsifiables. Comparaison avec d'autres mails de l'Administration. Non, c'était la même adresse, pas une fausse. Un… vrai mail ? Non. Non, non. Une mauvaise blague. Bon, ok, nous avons donc affaire à quelqu'un capable de se faire passer pour le Département Administratif. Ahah. Petit malin.

Tesla.

Ce n'était sans doute ni Henri, ni Roxane, ni le nouveau louche de la compta. Le Dr. Tesla avait toutes les capacités requises pour monter cette arnaque. La capacité et le motif, bien que Gémini ait du mal à mettre le doigt dessus.

Personne ne se souvenait précisément comment était née l'inimitié entre le Dr. Gémini, éminence du DCD, et le Dr. Tesla, sombre petit personnage perturbé œuvrant dans l'ombre du DI&ST, mais ça n'avait fait qu'escalader. Les ingénieurs, de toute façon. Maintenez-les occupés. Regardez ce qu'ils font de leur temps libre.

Ce foutu Tesla, songea Gémini. D'ici trois semaines, il se cachera dans la ventilation pour m'échapper.

Trois semaines plus tard, Gémini n'avait aucune idée d'où était Tesla.
D'où étaient les autres non plus, d'ailleurs.

Il avait passé les trois dernières semaines à se consacrer uniquement à son travail, à minimiser au possible les communications avec les autres. Un psy aurait dit que son cerveau tentait inconsciemment d'ignorer des informations choquantes qu'il aurait pu retirer des conversations avec ses collègues, et ce afin d'ignorer sa funeste condition. Lui aurait dit que, hein, un bon coup de cravache, de temps en temps, ça fait jamais de mal.

Puis les dossiers avaient diminué en nombre. Puis il avait terminé le dernier. Et aucun autre n'était arrivé sur son bureau après celui-là.
Il avait appelé la secrétaire du Département. Elle ne décrocha pas. Il était allé dans son bureau. Personne.
Il avait appelé l'Administration. Un message préenregistré lui avait consciencieusement expliqué qu'il n'y avait pas d'Administration. Comme si il était censé le savoir. C'est pas comme si…

Tout le monde était vraiment licencié ?

Non, c'était des conneries. Un message enregistré ? Ils avaient dû s'y mettre à plusieurs, c'est sûr.
C'était pas l'anniversaire de ses cinquante ans à la Fondation, un truc dans le genre ?

De tête, non, mais ils avaient très bien pu se tromper, les imbéciles. Et si tout était vrai, qu'il était… qu'ils étaient… il fallait bien quelqu'un, le cas échéant, pour réécrire le passé de toutes ces personnes. Nul doute que le Département allait carburer à plein régime pendant des semaines, lui y compris. Il était irremplaçable, et après toutes ces années à servir, il… il avait besoin d'un café.

Claquant la porte de son bureau, l'italien se mit à déambuler nerveusement dans les couloirs d'Aleph à la recherche de la machine à café. Obnubilé par ce mail qu'il relisait encore et encore dans sa tête, il enrageait de ne croiser personne dans les couloirs sur qui décharger ses nerfs.
La machine, parfait. Engloutissant le précieux liquide, Gémini sentait progressivement ses pensées s'éclaircir, tandis que l'absence de bruit aux alentours le submergeait de plus en plus. Rien, aucun bruit, personne, tous au centre médical sans doute. En train, déjà, de se faire inoculer un amnésique qui effacerait l’œuvre de leur vie.

Mais ils ne lui feraient rien à lui, c'était sûr. Après l'amnésie des employés, il faudrait leur créer un passé pour les réinsérer. Réécrire des vies entières, leur trouver un travail tranquille dans une multinationale, inventer quelques délits mineurs dans leur casier judiciaire… leur inventer un quotidien, le plus normal possible. Chacun allait recevoir une vie calme et rangée, "cadeau d'adieu" de la Fondation pour le service rendu, et c'est pourquoi ils allaient devoir l'épargner…

"Hey, vous ! Allez au centre médical s'il vous plaît !"
Nerveusement, Gémini se retourna pour faire face à deux agents armés.

"Dr. Gémini -c'est ça ?- ne tentez pas d'éviter l'amnésie, c'est un passage obligé pour votre réhabilitation. Allez, presque tous le personnel du département des Affaires Externes y est passé. Gardez votre calme et suivez la procédure, et tout se passera bien. Et vous verrez : vous vous réveillerez avec une toute nouvelle vie."

Dix minutes plus tard, Octavio était dans la file d'attente, comme tout le monde. Exceptionnel, indispensable, mon cul, hurlait-il intérieurement. Pourquoi aurait-il été épargné, hein ? Rien n'aurait pu le sauver -rien n'allait le sauver. Et surtout pas son poste : il venait d'apprendre que ce serait Miseleï qui, depuis le bureau russe, allait se charger de fournir le passé de chaque employé -y compris le sien. Si seulement il avait lu le mail "si important" que son collègue lui avait envoyé… Seule consolation : il pouvait compter sur son confrère pour lui donner un avenir (ainsi qu'un passé) plus agréable. Il y avait sans doute pire, mais… tous ses travaux accomplis, ses histoires, ses collègues. Oublier, c'était mourir, du moins en partie. N'importe qui pouvait lécher des timbres en open-space, mais rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir occulté l'existence d'une île entière.

Ne restait plus que l'acceptation, songea le Dr. Gémini en s'asseyant sur le fauteuil de l'infirmerie. Le Dr. Natemy, chargée de l'amnésie, soupira avant de réciter le discours de circonstance :
"Les affaires de votre bureau seront récupérées et déplacées dans votre nouvelle résidence. Tout objet ou document en rapport avec la Fondation SCP seront considérés comme propriété de la Fondation et détruits sur-le-champ. La Fondation SCP prend sur elle la responsabilité de vous fournir un logement, un travail ainsi qu'un passé respectable en guise de dédommagement. A votre réveil, votre compte bancaire se verra doté d'un bonus non-négligeable, variable selon la durée de votre service à la Fondation."
"Est-ce que… est-ce que vous avez une dernière chose à déclarer ?" demanda-t-elle avant de sortir la piqûre d'amnésique.

Gémini loucha sur l'aiguille.

"Ok, je veux plus être amnésié. J'ai pas besoin d'être amnésié ! Je dirai rien ! Je vous le promets ! Je peux encore être utile ! Il doit bien rester un poste à pourvoir ! Des gens crèvent tous les jours ici ! Je… Vous avez besoin de moi ! Lâchez-moi ! Vous savez qui je suis ?! Est-ce que vous savez qui je suis ?!"

"…c'était Octavio Gémini, vous souhaitant une bonne soirée ! À suivre : la météo avec Sylvie Marchand, suivie de votre chronique mode. Ce soir à 20h50 : deux épisode inédits des Experts : Manhattan, suivis en deuxième partie de soirée de La Cabane dans les Bois, un film qui, croyez moi, vous fera réfléchir.

Passez une bonne soirée, et à demain soir !"

スタジオに戻りまして

"…c'est pourquoi les dégagements gazeux de cette poche souterraine ont pu causer la mort de ces six personnes. L'hélium ayant pénétré dans tout l'organisme via le réseau sanguin explique sans nul doute le détachement du derme des victimes - et la découverte de leur peau deux kilomètres plus au Sud, si l'on prend en compte le changement de la pression atmosphérique de ce site selon le…"

Mouais. Un peu gros quand même.
Octavio Gémini avait passé une nuit blanche sur cette question d'espagnols écorchés vifs -et, en dépit de la soixantaine de boulettes de papier froissé qui jonchaient le sol du DCD (le Département de Censure et de Désinformation), il n'était toujours pas arrivé à quoi que ce soit d'acceptable. Peut-être qu'en reprenant l'histoire de la secte et en la modifiant un peu… Non, non…

ペンを置き、ジェミニ博士は鼻筋を揉んだ。冷めたコーヒーを飲み下す。まあいい。メール休憩の時間だ。
新着メール58件。
素晴らしい。

Miseleï et la disparition d'une ville entière en République Tchèque. Bah. Qu'il se démerde.
Deuxième mail de Miseleï : "J'ai quelque chose de très important à vous communiquer." Ouaip, comme à chaque fois qu'il faut expliquer à un gosse qu'il n'y a pas de monstre sous son lit. Hmpf. Licenciement de ce journaliste du New York Times avec ses histoires de résurrection : fait. Licenciement de l'auteur du best-seller "Ma fiancée était une larve géante" et destruction des derniers tirages : fait. Plus qu'à diffuser massivement des amnésiques aux lecteurs.
Licenciement des employés du Site-Aleph : on verra ça plus tard, en espérant qu'il reste suffisamment d'amnésiques.
Licenciement du juge de la Cour Suprême et amnésie des jurés dans l'affai-attendez, quoi ?

ジェミニ博士のかすみ目がメール一覧に留まる。解雇。サイト-アレフ。受取人含む?
云々かんぬん……財政状況……云々……公式発表ではないが総数は……云々……資金の私的流用……(資金の私的流用? バカか! そうぼやいて彼はアルマーニの上着にコーヒーをこぼした)……云々かんぬん……異動は不可能……記憶処理が決定済み……
クソが。

ああ面白い。
アハハ、アハ、アハ、ハア。
Le crétin qui avait créé ce hoax allait voir du pays, ou plutôt l'entrevoir à travers un œil au beurre plus noir que le niveau de menace du dernier des Keter. Qui ça pouvait être ? Henri, le mec de la Censure sur lequel il avait reversé un café la semaine dernière ? Roxane, sa propre secrétaire ? Ou le nouveau de la compta, là. Il avait l'air louche celui-là.

Coup d’œil sur l'envoyeur du mail. L'Administration. Cachets officiels, certes, mais falsifiables. Comparaison avec d'autres mails de l'Administration. Non, c'était la même adresse, pas une fausse. Un… vrai mail ? Non. Non, non. Une mauvaise blague. Bon, ok, nous avons donc affaire à quelqu'un capable de se faire passer pour le Département Administratif. Ahah. Petit malin.

テスラか。

Ce n'était sans doute ni Henri, ni Roxane, ni le nouveau louche de la compta. Le Dr. Tesla avait toutes les capacités requises pour monter cette arnaque. La capacité et le motif, bien que Gémini ait du mal à mettre le doigt dessus.

Personne ne se souvenait précisément comment était née l'inimitié entre le Dr. Gémini, éminence du DCD, et le Dr. Tesla, sombre petit personnage perturbé œuvrant dans l'ombre du DI&ST, mais ça n'avait fait qu'escalader. Les ingénieurs, de toute façon. Maintenez-les occupés. Regardez ce qu'ils font de leur temps libre.

Ce foutu Tesla, songea Gémini. D'ici trois semaines, il se cachera dans la ventilation pour m'échapper.

Trois semaines plus tard, Gémini n'avait aucune idée d'où était Tesla.
D'où étaient les autres non plus, d'ailleurs.

Il avait passé les trois dernières semaines à se consacrer uniquement à son travail, à minimiser au possible les communications avec les autres. Un psy aurait dit que son cerveau tentait inconsciemment d'ignorer des informations choquantes qu'il aurait pu retirer des conversations avec ses collègues, et ce afin d'ignorer sa funeste condition. Lui aurait dit que, hein, un bon coup de cravache, de temps en temps, ça fait jamais de mal.

Puis les dossiers avaient diminué en nombre. Puis il avait terminé le dernier. Et aucun autre n'était arrivé sur son bureau après celui-là.
Il avait appelé la secrétaire du Département. Elle ne décrocha pas. Il était allé dans son bureau. Personne.
Il avait appelé l'Administration. Un message préenregistré lui avait consciencieusement expliqué qu'il n'y avait pas d'Administration. Comme si il était censé le savoir. C'est pas comme si…

本当にみんな解雇されたのか?

いや、そんなバカな。 Un message enregistré ? Ils avaient dû s'y mettre à plusieurs, c'est sûr.
C'était pas l'anniversaire de ses cinquante ans à la Fondation, un truc dans le genre ?

De tête, non, mais ils avaient très bien pu se tromper, les imbéciles. Et si tout était vrai, qu'il était… qu'ils étaient… il fallait bien quelqu'un, le cas échéant, pour réécrire le passé de toutes ces personnes. Nul doute que le Département allait carburer à plein régime pendant des semaines, lui y compris. Il était irremplaçable, et après toutes ces années à servir, il… il avait besoin d'un café.

Claquant la porte de son bureau, l'italien se mit à déambuler nerveusement dans les couloirs d'Aleph à la recherche de la machine à café. Obnubilé par ce mail qu'il relisait encore et encore dans sa tête, il enrageait de ne croiser personne dans les couloirs sur qui décharger ses nerfs.
La machine, parfait. Engloutissant le précieux liquide, Gémini sentait progressivement ses pensées s'éclaircir, tandis que l'absence de bruit aux alentours le submergeait de plus en plus. Rien, aucun bruit, personne, tous au centre médical sans doute. En train, déjà, de se faire inoculer un amnésique qui effacerait l’œuvre de leur vie.

Mais ils ne lui feraient rien à lui, c'était sûr. Après l'amnésie des employés, il faudrait leur créer un passé pour les réinsérer. Réécrire des vies entières, leur trouver un travail tranquille dans une multinationale, inventer quelques délits mineurs dans leur casier judiciaire… leur inventer un quotidien, le plus normal possible. Chacun allait recevoir une vie calme et rangée, "cadeau d'adieu" de la Fondation pour le service rendu, et c'est pourquoi ils allaient devoir l'épargner…

「ちょっとあなた! メディカル・センターに行ってください!」

Nerveusement, Gémini se retourna pour faire face à deux agents armés.

「ジェミニ博士、ですよね? 記憶処理を逃れようとはしないでくださいね、これはあなたが社会復帰するのに必要なステップなんです。どうぞ、渉外部門の職員はほぼ全員が受けたんですよ。どうぞ落ち着いて手順に従ってください。そうすれば全部うまくいきますよ。なあに、目が覚めたらまったく新しい人生ですよ」

Dix minutes plus tard, Octavio était dans la file d'attente, comme tout le monde. Exceptionnel, indispensable, mon cul, hurlait-il intérieurement. Pourquoi aurait-il été épargné, hein ? Rien n'aurait pu le sauver -rien n'allait le sauver. Et surtout pas son poste : il venait d'apprendre que ce serait Miseleï qui, depuis le bureau russe, allait se charger de fournir le passé de chaque employé -y compris le sien. Si seulement il avait lu le mail "si important" que son collègue lui avait envoyé… Seule consolation : il pouvait compter sur son confrère pour lui donner un avenir (ainsi qu'un passé) plus agréable. Il y avait sans doute pire, mais… tous ses travaux accomplis, ses histoires, ses collègues. Oublier, c'était mourir, du moins en partie. N'importe qui pouvait lécher des timbres en open-space, mais rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir occulté l'existence d'une île entière.

Ne restait plus que l'acceptation, songea le Dr. Gémini en s'asseyant sur le fauteuil de l'infirmerie. Le Dr. Natemy, chargée de l'amnésie, soupira avant de réciter le discours de circonstance :
"Les affaires de votre bureau seront récupérées et déplacées dans votre nouvelle résidence. Tout objet ou document en rapport avec la Fondation SCP seront considérés comme propriété de la Fondation et détruits sur-le-champ. La Fondation SCP prend sur elle la responsabilité de vous fournir un logement, un travail ainsi qu'un passé respectable en guise de dédommagement. A votre réveil, votre compte bancaire se verra doté d'un bonus non-négligeable, variable selon la durée de votre service à la Fondation."
"Est-ce que… est-ce que vous avez une dernière chose à déclarer ?" demanda-t-elle avant de sortir la piqûre d'amnésique.

Gémini loucha sur l'aiguille.

「オーケー、私は記憶処理など受けたくない。処理される必要などない! 何も話したりしない! 約束する! 私はまだ有用でいたいんだ! 私は仕事についているべきなんだよ! 毎日ここでへとへとになるまでやってきた! 私は……必要だろう! 離してくれ! 私が誰かわかっているのか?! 私が誰だかわかっているのか?!」


「……オクタヴィオ・ジェミニでお送りしました。みなさん、よい夜を! 続いてはシルヴィ・マルシャンの天気予報とファッションのコーナーです。8時50分からは「CSI: ニューヨーク」新エピソードを2編お送りします。夜の第二部は映画「キャビン」。これは — うそじゃないですよ — 考えさせられる映画です。」

「よい夜を、また明日の晩お会いしましょう!」


Lapsus et Coutumes

« Ou sinon il y a cette affaire à propos de la jeune fille disparue à Montpellier, on a de nouvelles infos sur le suspect, et…

- Non.

- Ou avec le scandale du dernier prime d'Hanouna, on peut partir sur un sujet autour des minorités ethniques montrées sur les plateaux, ça ferait…

- Non.

- Je pourrais me documenter sur la situation écologique en Bretagne, les exploitations de porc, les algues ver-

- De la merde. »

Cyril et Ambroise n'avaient en soi rien faits pour mériter ça.
Enfin, si, ils étaient devenus stagiaires à la télévision. Ce genre de choix, dans la vie, justifiait à peu près tout. Techniquement ils étaient aides au management informatif et à la « prise de température », ce qui voulait plus ou moins dire qu'ils étaient plus ou moins censés choisir les sujets d'actualités en fonction de ce que voulait plus ou moins le public. Plus ou moins signifiait en l’occurrence qu'ils choisissaient les hot topics qui allaient faire de l'audimat et remplir les poches de la chaîne, tout en se faisant traiter comme des merdes durant quatre à cinq années de leur vie, période après laquelle ils finiraient par gravir les échelons et, au bout de quelques décennies, par se battre pour voler le poste du présentateur.
Le présentateur, c'était Octavio Gémini, et ce connard s'était débrouillé pour s'abroger le droit d'avoir son mot à dire sur tout. Sur les sujets, sur l'éclairage, sur le cadrage, sur quelques ajustements du temps d'antenne… Les patrons avaient décidé de le laisser faire, pensez-vous. Il pouvait virer qui il voulait. Se payer des costumes de luxe à la pelle aux frais de la boîte si il le voulait. La chaîne n'avait pas connu pareille part de l'audimat à l'heure des nouvelles depuis… et bien, depuis le lointain temps où la chaîne était la seule existante, en fait.
Les deux stagiaires suivaient tant bien que mal le rythme de marche effréné de l'italien à travers les bureaux de la rédaction tout en gardant en équilibre une pile de dossiers contenant des sujets potentiels pour ce soir.
Le salaud avançait vite.

« Je suppose qu'un sujet de trois minutes sur les fermetures des usin… commença Ambroise.

- Je vous arrête tout de suite. En dépit de ce qu'on vous a dit, le malheur du petit peuple, tout le monde s'en fout. La ménagère de moins de cinquante balais n'est plus émue par ça. Ni par la situation syrienne. Ni par les banlieues. On vous apprend ça en école de journalisme, hein ? Ben c'est des conneries.

- Je…

- Arts ? la coupa Cyril, en empêchant l'énorme bourde qu'aurait été de contredire Gémini. Une nouvelle exposition est en train d'être mise en place au Quai Branly, et elle fait débat avant même d'être ouverte. Ça s'appelle « Et Maintenant, On…

- …On Est Cools ? compléta machinalement le présentateur qui ralentit le pas sans s'en rendre compte.

- Quoi ? Nous ? Euh… l'expo ? Non. Non, l'exposition s'appelle « Et Maintenant, On Attend. ». C'est axé sur l'éveil écologique, la banquise qui fond, le comportement passif des gens, tout ça. Un collectif artistique tchèque en collaboration avec Greenpeace. Les alarmistes habituels.

- Oh… Euh. Oui, non. De la merde. »

Octavio Gémini repartit, troublé, en direction du plateau où il avait laissé sa bouteille d'eau et son sandwich. Il était souvent troublé, ces temps-ci. Sans trop savoir pourquoi. La sénilité, à son âge ? Bah. Des conneries. Encore et toujours des conneries.

Toujours suivi par ses deux chiens dociles, il s'assit nonchalamment sur son fauteuil habituel, posa les deux pieds sur la table du plateau et saisit son sandwich. Toujours troublé, il dévisagea le sandwich. Se massant inconsciemment la mâchoire, il se releva et le balança à la poubelle.
Direction son bureau… ou plutôt, sa loge.

« Les gens se moquent de savoir que le monde s'écroule autour d'eux. Le monde s'écroule depuis toujours, pollution ou non, et ce n'est pas un vague sentiment de culpabilité lié à son pot d'échappement qui va amener le téléspectateur à zapper sur notre chaîne. Ce qu'il lui faut, c'est du spectaculaire alors, me direz-vous. Oui et non. Du spectaculaire, il y en a partout aujourd'hui. Faire du spectaculaire, c'est se mettre à niveau, tout au plus. Non, si l'audimat du journal a doublé depuis que je suis ici, c'est que je suis plus subtil. Je parle de sujets dont tout le monde parle, en faisant du sensationnel comme tout le monde, mais en abordant le sujet sous un angle que les gens ne veulent naturellement pas voir au premier abord. Un angle qu'on ne trouve pas comme ça en claquant des doigts. Il faut le chercher cet angle. Mais une fois qu'ils ont goûté à cette nouvelle facette de l'actualité, ils ne s'en passent plus. »

Un silence respectueux se fit tandis que Gémini chercha les clés de sa loge dans sa poche pour les introduire dans la serrure. Les deux stagiaires n'étaient pas sûrs d'avoir compris ce qu'il voulait dire, et à vrai dire ils s'en foutaient. C'était des conneries. Si l'audimat marchait bien, c'était à cause du charisme de l'italien, et de cette façon que son regard avait de détourner le votre vers sa bouche qui s'agitait sans vouloir s'arrêter… sans se soucier de savoir si vous l'écoutiez ou non… de savoir si ce qu'il disait était vrai ou non…
La porte s'ouvrit.

« Et il me faut des images qui choquent aussi ! Très important ça. Trouvez-moi des photos de skiperman !

- Référence très amusante, monsieur, affirma Cyril avec le sourire le plus faux qu'ait vu naître la région parisienne depuis un tragique accident de botox en 1996.

- Langue fourchée. Blague pas drôle. Arrêtez de faire de la lèche. »

Le claquement de la porte au visage du stagiaire lui vrilla les tympans durant un seconde. Quelques feuilles volèrent.

« 'onnard, marmonna ce dernier en se retournant vers sa collègue. Ce mec est là depuis moins d'un an et il se comporte comme si les putains de locaux étaient à lui !

- Il a des connaissances haut placé, qu'est-ce que tu veux que je te dises, grinça Ambroise. Les producteurs, le président, des politiques…

- Ah ! Pas que !

- Quoi ?

- Quoi, quoi ? Tu connais pas les bruits qui courent ? Tu sais où il bossait avant, ton gus ?

- Euh… à la télévision romaine je crois. Il était très populaire là-bas. Ils avaient montré quelques extraits…

- Ouais, ben je vais te dire : j'ai fais deux-trois recherches sur le net. Bon, des articles sur sa carrière télévisée, y'en a plein, mais j'ai pas réussi à trouver d'autres extraits que les trois même qui circulent partout.

- Tu sais, les chaînes locales…

- Ne fais pas semblant de pas comprendre. Ce mec débarque comme une fleur. Il passe de la télé italienne à la première chaîne française sans raison. Il avait déjà de la thune avant d'arriver. Personne ne pose de questions, il est ami avec tout le gratin, mais il est presque invisible quand tu commences à fouiller un peu… non, ça te dit rien ?

- Tu veux en venir où, au juste ?

- Ça me semble évident, bordel. Notre Octavio Gémini, tête d'affiche du vingt heure, là… il est de la mafia. »

Un ange passa.

« De la mafia ?

- Mais ouais. Et un grand ponte. Quel meilleur endroit pour se planquer de la police qu'en plein dans le feu des projecteurs ?

- C'est… complètement con.

- Oh, allez, fais un effort ! Rebelle-toi un minimum, merde ! Ça ne te fait rien d'avoir un usurpateur, un menteur, un escroc, imbuvable avec les gens, pas foutu de retenir les noms de ses collègues, qui vire les perchistes à tour de bras et met des mains au cul aux maquilleuses ? »

Un second ange passa. Un ange qui se permit de signaler mentalement aux deux stagiaires que l'invité de la semaine dernière avait été Jean-François Strauzy.

Tous finirent par se dire qu'au moins, le mafieux faisait de l'audimat, et qu'ils comptaient bien lui chourer sa place dès qu'il montrerait un signe de faiblesse. Puis ils retournèrent à leur tâches respectives, Ambroise mettant mentalement au point diverses stratégies pour mettre Cyril hors circuit et réduire la concurrence qui la séparait du succès télévisuel, Cyril mettant mentalement au point diverses stratégies pour mettre Ambroise dans son lit.

Gémini finit de vomir le contenu de son estomac dans sa corbeille de bureau. Il avait la nausée. La migraine aussi. Il n'allait globalement pas bien.

Ce n'était pas que ce moment de malaise entre le sandwich et l'exposition. Non. C'était redondant depuis quelques semaines maintenant. Il évitait l'art contemporain. Il regardait d'un air soupçonneux les traînées de vapeur qui suivaient le passage des avions. Il choisissait naturellement certaines marques de boisson au rabais plutôt que d'autres plus connues.

Il avait cet espèce d'instinct étrange, sauf qu'un instinct a généralement du sens, un instinct vous protège d'un danger. Pas là. Et à chaque fois, il sentait son esprit partir, ses pensées s'estomper, comme dans un rêve.

Oh, il en faisait aussi des rêves. Ça ! Il en faisait même-

« …soyez pas stupide ! Une mosquée pleine de raptors, mais bien sûr. Et sans doute des elfes et des aliens. Des elfes et des aliens musulmans, sans doute, ils doivent bien aller quelque part pour prier, aussi, les pauvres. Non, nous pouvons vous affirmer que la mosquée a été endommagée par l'explosion d'un ancienne conduite de gaz. Oui, qui avait été installée là avant la construction, évidemment. Vous pouvez vérifier les anciens plans du quartier. C'est comme vos soi-disantes « marques de griffures », restez sérieux trente seconde. L'explication est très simple : 'voyez, lors de l'explosion, des petits fragments de roches sont projetés alentours. Lorsqu'ils rencontrent un obstacle, ils explosent en autres fragments plus petits et cette fois plus difficiles à briser. Lesdits fragments, plus solides, continuent sur leur lancée, et creusent des petits sillons dans les murs avec ce qui reste de l'énergie qui les propulse. Ça forme des petits sillons parallèles qui ressemblent étrangement à des griffures, oui. Aussi simple que ça. C'est comme ces histoires de morsures… »

-éveillé. Et merde.

L'italien s'appuya contre son bureau en respirant bruyamment. Ce n'était pas exactement des visions. Pas des hallucinations non plus – il savait ce qu'était un bad trip, il avait eu une jeunesse dorée mouvementée à Rome, pleine de femmes et de drogues, avant de finir par se ranger et de se tourner vers la télévision lorsque ses parents… ses parents… Le front de l'homme se fronça. Il… savait à quoi ressemblaient ses parents, bien sûr, il connaissait leurs noms. Mais lorsqu'il essayait de se les représenter dans sa tête, lorsqu'il essayait de se souvenir de lui, enfant, en train de prononcer leur nom… plus il tentait de s'accrocher à ces pensées, plus elles s'enfonçaient dans un brouillard flou.

Qu'est-ce qui se passait bon sang ?

« Monsieur Gémini ? fit une voix derrière la porte. On est à l'antenne dans quinze minutes. »

Le présentateur italien se ressaisit et inspira une grande goulée d'air frais. Il était la tête d'affiche de cette chaîne. Il était non seulement la tête, mais aussi le cerveau. Les imbéciles disent que les médias contrôlent les masses, tels des marionnettistes malfaisants, alors que les médias ne font guère que répéter ce que la majorité des gens savent déjà et veulent entendre, ce qui donne un résultat étrangement similaire, à l'exception près que le marionnettiste ne fait guère que tirer sur les ficelles alors que la marionnette à déjà commencé à lever le bras. Mais Gémini, lui, savait comment réellement influencer l'audience. Il pouvait aller à l'encontre de la masse si il voulait. Et de ses patrons aussi. Et d'à peu près tout le monde.
Oui.
Il était définitivement quelqu'un de formidable, ce qu'il avait toujours été.
Dans les moments ou le stress vous cause du tort, c'est important d'avoir des convictions.
Octavio Gémini remarqua une petite tâche de vomi au bas de son veston.

« Hijo de puta ! » jura-t-il.

Puis il se rendit compte qu'il venait de confondre l'italien et l'espagnol, et toutes ses convictions s'écroulèrent.

Le Dr. Lebel alluma le poste de télévision avec un petit sourire. Ce qui était bien, lorsque le couperet tombait, c'était que la tête tombait, mais que le reste du corps restait généralement intact. Le Dr. Lebel avait toujours plus ou moins été au… second plan, à l'ancien Département de Censure et de Désinformation d'Aleph. Un exécutif. Chargé de "gérer les menus détails" tandis que tous les lauriers allaient à… l'autre.

Assurément, la tête tombait, mais le corps s'en sortait mieux. Regardez-moi, songeait-il. J'ai toujours rêvé de prendre la tête du DCD, mais certains individus semblent condamnés à ne jamais mourir - et à ne jamais partir en retraite. Mais finalement, qui voulait du DCD ? De la paperasse, encore et toujours. Rattraper les merdes des autres. Non merci.

Avec la fermeture d'Aleph, et la réintroduction dans le monde civil de la plupart de ses anciens collaborateurs, Lebel avait hérité d'un nouveau poste, des plus attrayants : un Centre de Surveillance avait été instauré à Paris, afin de gérer toutes ces réintroductions plus ou moins délicates. Une poignée d'agents du DSI, quelques autres de l'Administration, et lui. Des rescapés.

Lebel aimait beaucoup le mot "réintroduction". Comme dans un milieu naturel. Des animaux, voilà ce qu'ils étaient. Des animaux lâchés dans un grand zoo hexagonal. Et lui avait été promu comme l'un de leurs gardiens. Et était venu son moment préféré : la grande attraction du parc. Il zappa sur le journal télé. Toujours jouissif de voir un gorille essayer de parler, songea-t-il. C'est ça la différence entre le singe et l'homme. Je m'en sors, j'évolue. C'est pas le cas de tout le monde.

Puis son sourire disparu.

« …la grève de la SCNCF… de… de la Fondation SNCF… euh… ne devrait plus tarder à prendre fin, alors que…

- Mais qu'est-ce qu'il fait ?! grinça Ambroise entre ses dents. Ça fait trois minutes qu'il bafouille pour un sujet de cinq minutes, il va nous faire prendre un retard pas possible !

- La régie est ravie, lui répondit Cyril. On a un pique d'ambiance monstre, tout le monde veut savoir ce qui arrive à la star du 20 heures. Devine qui va se retrouver dans le bêtisier de Noël de cette année ?

- J'ai jamais vu personne être en nage comme lui ! Il va nous claquer entre les pattes, c'est sûr !

- …de grandes négociations de couvert… de grandes négociations ont été lancées avec les employer, afin de savoir si les amné-les indemnisations aux passagers… euh…

- En fait, continua Cyril, on est quelques uns dans l'équipe à prendre les paris sur si il va s'évanouir avant la fin ou pas.

- Quoi ?

- Perso j'ai parié qu'il arriverait même pas à tenir jusqu'à la météo. »

Ambroise dévisagea Cyril, se mordilla la lèvre, puis finit par lui glisser un billet de vingt euros.

« Avant ça faut qu'il parle des dernières déclarations du Ministre de l'Education. Pas moyen qu'il s'en sorte en hésitant comme ça, il va tourner de l’œil en plein milieu, obligé.

- C'est toi qui vois ! s'exclama Cyril en s'emparant du billet avec un grand sourire. »

De grosses gouttes de sueurs tombaient sur les notes du présentateur, les rendant presque illisibles. En face, il voyait son reflet dans l’œil de la caméra. Enfin, il voyait un reflet. Mais le reflet de qui ?

Laissant tomber ses notes, Octavio tourna son regard vers le prompteur dont il n'avait jamais eu à se servir jusque là.

« Euhm… Sans transition ! Le Ministre de l'Education Nationale est revenu aujourd'hui sur ses propos concernant le port du voile dans les établissements scran-scolaires ! Plusieurs organisations en effet ont été courroucées par la permissivité que celui-ci s'était aketerdé concernant le port ostentatoire des signes religieux dans les édifices publics. Celui-ci a en effet déclaré : "Salut Gémini… »

Gémini se stoppa.
Lebel arrêta de respirer.
Ambroise se mordit la lèvre.
Cyril comptait ses billets.
Gémini fixa de nouveau le prompteur.

Salut Gémini disait le prompteur.
Alors, on se souvient plus des copains ?
Une petite réunion de famille, ça te dit ?

Il n'en lut pas plus. Pour pouvoir lire, il faut encore être conscient.

Ambroise venait d'un seul coup de se faire un petit paquet de fric.

失言と習慣

か、それでなくても例のモンペリエでの少女失踪事件。容疑者についての新情報がありまして……」

「だめだ。」

「それか、アヌナの昨季ボーナスについてのスキャンダルをネタに、番組制作現場におけるエスニック・マイノリティについて語るというのはどうでしょう。そうするときっと……」

「不可。」

「私でしたらイギリスの環境保護事情について取材できますが。養豚や緑藻るーー」

「つまらんな。」

そうするとネタなんか、シリルとアンブロワーズに思いつくものは何もなかった。
要はこんな具合に、シリルとアンブロワーズはテレビ局の新人インターンだった。人生においてインターンになるという選択をすると、およそあらゆることに耐えなければならなくなる。技能に関していえば、かれらは情報管理補助「風をよむ」アシスタントだった。それはつまり、いくらかにせよ公衆の関心ある時事問題を選びだすのはかれらなのだと、いくらかにはせよ、目されているということだったし、ひいては視聴率上昇と局の視聴者拡大につながるホット・トピックを選んでいるのがかれらなのだということでもあり、人生のうち4年か5年はごみくず扱いに甘んじてでも、この時期がすぎれば出世階段をよじ登り、数十年もすれば、かれらはキャスターの座をかっさらおうとしのぎを削っているはずだった。
キャスターを務めていたのは、オクタヴィオ・ジェミニで、このやろうは、題材、照明、構図決め、放送時間の微調整……何であれ、自分以外の人間に口出しさせる気などさらさらなく、それでやって行けていた。お察しの通り、上層部はジェミニのしたいようにさせ、彼は望めば誰でも首にできたし、気の遠くなるようなぜいたくざんまいもできた。このテレビ局の定時ニュースで彼ほど視聴率がとれたことは長らくなかったのだ……長らくというのは、まあ、テレビが唯一無二の存在だった遠い昔以来、ということ。
二人のインターンは制作室を横切り、今夜のニュースになるかもしれないネタの載った書類の束を崩さないようにしながら、このイタリア人の尋常ならざる歩調についていくのがやっとだった。

このくそやろうは歩くのも、昇進するのも早かった。

「3分ニュースは件の工場閉鎖についてやるつもりで……」

口火を切ったのはアンブローズだった。

「黙らせるぞ、今すぐ。口すっぱく聞かされてこなかったのか。かわいそうな人たちの不幸、そんなもの誰も気にするか。主婦は三十路も過ぎたらそんなことで心動かされたりしない。シリア情勢もパリ郊外も飽き飽きだ。ジャーナリズム・スクールで教わっているだろう、ええ ? まったく、呆れる。バカばかりだ」

「私は……」

「アートはどうでしょう ? 」

シリルが割って入り、ジェミニに口答えするなんて大バカをアンブロワーズにさせなかった。

「ケ・ブランリ美術館でもうすぐある新しい展覧会、会期前なのに論争になってるんです。名前は、『俺たちは……Et Maintenant, On…

……クール、On Est Coolsか ?」

機械的に、キャスターはそう続けていた。気づかないうちに足どりはのろくなっている。

「なんですって? ぼくらが? ええと……展覧会 ? いや、いいえ、展覧会は『俺たちは手をこまねいてるだろ』Et Maintenant, On Attend. っていうんです。エコロジーに関心を持とうとか、流氷が溶けつつあるとか、人々の消極的態度とか、そういうことについてです。チェコのアーティスト集団とグリーンピースのコラボです。いつもなにかに警鐘を鳴らしている人たち。」

「ああ……そう、そうだな。いや、つまらん。」

Octavio Gémini repartit, troublé, en direction du plateau où il avait laissé sa bouteille d'eau et son sandwich. Il était souvent troublé, ces temps-ci. Sans trop savoir pourquoi. La sénilité, à son âge ? Bah. Des conneries. Encore et toujours des conneries.

Toujours suivi par ses deux chiens dociles, il s'assit nonchalamment sur son fauteuil habituel, posa les deux pieds sur la table du plateau et saisit son sandwich. Toujours troublé, il dévisagea le sandwich. Se massant inconsciemment la mâchoire, il se releva et le balança à la poubelle.
Direction son bureau… ou plutôt, sa loge.

« Les gens se moquent de savoir que le monde s'écroule autour d'eux. Le monde s'écroule depuis toujours, pollution ou non, et ce n'est pas un vague sentiment de culpabilité lié à son pot d'échappement qui va amener le téléspectateur à zapper sur notre chaîne. Ce qu'il lui faut, c'est du spectaculaire alors, me direz-vous. Oui et non. Du spectaculaire, il y en a partout aujourd'hui. Faire du spectaculaire, c'est se mettre à niveau, tout au plus. Non, si l'audimat du journal a doublé depuis que je suis ici, c'est que je suis plus subtil. Je parle de sujets dont tout le monde parle, en faisant du sensationnel comme tout le monde, mais en abordant le sujet sous un angle que les gens ne veulent naturellement pas voir au premier abord. Un angle qu'on ne trouve pas comme ça en claquant des doigts. Il faut le chercher cet angle. Mais une fois qu'ils ont goûté à cette nouvelle facette de l'actualité, ils ne s'en passent plus. »

Un silence respectueux se fit tandis que Gémini chercha les clés de sa loge dans sa poche pour les introduire dans la serrure. Les deux stagiaires n'étaient pas sûrs d'avoir compris ce qu'il voulait dire, et à vrai dire ils s'en foutaient. C'était des conneries. Si l'audimat marchait bien, c'était à cause du charisme de l'italien, et de cette façon que son regard avait de détourner le votre vers sa bouche qui s'agitait sans vouloir s'arrêter… sans se soucier de savoir si vous l'écoutiez ou non… de savoir si ce qu'il disait était vrai ou non…
La porte s'ouvrit.

« Et il me faut des images qui choquent aussi ! Très important ça. Trouvez-moi des photos de skiperman !

- Référence très amusante, monsieur, affirma Cyril avec le sourire le plus faux qu'ait vu naître la région parisienne depuis un tragique accident de botox en 1996.

- Langue fourchée. Blague pas drôle. Arrêtez de faire de la lèche. »

Le claquement de la porte au visage du stagiaire lui vrilla les tympans durant un seconde. Quelques feuilles volèrent.

「ッくそ」

marmonna ce dernier en se retournant vers sa collègue.

「あのやろう、パリに1年もいなかったくせして、くそな地元っ子が新入りにするみたいな振る舞い。」

「お偉いさんのお友達がいるんでしょ。なにを言ってほしいわけ」

アンブロワーズの声にいらだちが見えた。

「うちのプロデューサー、社長、政治家……」

「ああ ! そうじゃなくて ! 」

「なに ? 」

「なにって、なにが ? 広まってる噂知らないの ? きみのボス、あいつ前はどこで幅きかせてたか知ってる ? 」

「えー……ローマのテレビ局でしょ。ローマじゃ凄い人気だったって。地元の人たち、いくつか動画を見せてくれて……」

「それはそうなんだけど。ふうん、教えてあげよう。ちょっとネットで調べたんだ。まあ、あいつのテレビ出ずっぱり人生について書かれた記事は、たくさんある。けど、動画は出回ってる3つ以外に見つからなかったんだ。」

「知ってる? ローカルテレビ局ってねえ……」

「わかったようなふりするなよ。あの男、イタリアのテレビ局からフランスいちの放送局にわけもなくやってきてる、どうしてさ。やつは来る前からもう小金持ちだった。誰も疑問に思わず、あいつはお茶の間で大人気。でもちょっと調べようとすると、影も形もつかめない……面白くない ? 」

「で、あんたの結論は ? 」

「明らかに、われらがオクタヴィオ・ジェミニ、夜8時の顔は、そう……マフィアなんだ。」

沈黙。

「マフィア ? 」

「まあ、そうさ。しかも親玉。白昼堂々スポットライトを浴びまくるって、警察から身を隠すにはこれ以上ないだろ ? 」

「……きわめつけのバカ。」

「おおい、なあ、ちょっとはやってみろって。ちょっとはあいつにやり返してみろよ。けっ、あんな横暴、嘘つき、詐欺師、我慢ならんやつ、仕事仲間の名前も覚えなさらない、マイク係の男はこき使ってメーキャップの女の尻触ってるやつが、きみのためになにかしてくれるっていうのか ? 」

ふたたび沈黙。 Un ange qui se permit de signaler mentalement aux deux stagiaires que l'invité de la semaine dernière avait été Jean-François Strauzy.

Tous finirent par se dire qu'au moins, le mafieux faisait de l'audimat, et qu'ils comptaient bien lui chourer sa place dès qu'il montrerait un signe de faiblesse. Puis ils retournèrent à leur tâches respectives, Ambroise mettant mentalement au point diverses stratégies pour mettre Cyril hors circuit et réduire la concurrence qui la séparait du succès télévisuel, Cyril mettant mentalement au point diverses stratégies pour mettre Ambroise dans son lit.

Gémini finit de vomir le contenu de son estomac dans sa corbeille de bureau. Il avait la nausée. La migraine aussi. Il n'allait globalement pas bien.

Ce n'était pas que ce moment de malaise entre le sandwich et l'exposition. Non. C'était redondant depuis quelques semaines maintenant. Il évitait l'art contemporain. Il regardait d'un air soupçonneux les traînées de vapeur qui suivaient le passage des avions. Il choisissait naturellement certaines marques de boisson au rabais plutôt que d'autres plus connues.

Il avait cet espèce d'instinct étrange, sauf qu'un instinct a généralement du sens, un instinct vous protège d'un danger. Pas là. Et à chaque fois, il sentait son esprit partir, ses pensées s'estomper, comme dans un rêve.

Oh, il en faisait aussi des rêves. Ça ! Il en faisait même-

« …soyez pas stupide ! Une mosquée pleine de raptors, mais bien sûr. Et sans doute des elfes et des aliens. Des elfes et des aliens musulmans, sans doute, ils doivent bien aller quelque part pour prier, aussi, les pauvres. Non, nous pouvons vous affirmer que la mosquée a été endommagée par l'explosion d'un ancienne conduite de gaz. Oui, qui avait été installée là avant la construction, évidemment. Vous pouvez vérifier les anciens plans du quartier. C'est comme vos soi-disantes « marques de griffures », restez sérieux trente seconde. L'explication est très simple : 'voyez, lors de l'explosion, des petits fragments de roches sont projetés alentours. Lorsqu'ils rencontrent un obstacle, ils explosent en autres fragments plus petits et cette fois plus difficiles à briser. Lesdits fragments, plus solides, continuent sur leur lancée, et creusent des petits sillons dans les murs avec ce qui reste de l'énergie qui les propulse. Ça forme des petits sillons parallèles qui ressemblent étrangement à des griffures, oui. Aussi simple que ça. C'est comme ces histoires de morsures… »

ー目が覚める。Et merde.


L'italien s'appuya contre son bureau en respirant bruyamment. Ce n'était pas exactement des visions. Pas des hallucinations non plus – il savait ce qu'était un bad trip, il avait eu une jeunesse dorée mouvementée à Rome, pleine de femmes et de drogues, avant de finir par se ranger et de se tourner vers la télévision lorsque ses parents… ses parents… Le front de l'homme se fronça. Il… savait à quoi ressemblaient ses parents, bien sûr, il connaissait leurs noms. Mais lorsqu'il essayait de se les représenter dans sa tête, lorsqu'il essayait de se souvenir de lui, enfant, en train de prononcer leur nom… plus il tentait de s'accrocher à ces pensées, plus elles s'enfonçaient dans un brouillard flou.

Qu'est-ce qui se passait bon sang ?

« Monsieur Gémini ? fit une voix derrière la porte. On est à l'antenne dans quinze minutes. »

Le présentateur italien se ressaisit et inspira une grande goulée d'air frais. Il était la tête d'affiche de cette chaîne. Il était non seulement la tête, mais aussi le cerveau. Les imbéciles disent que les médias contrôlent les masses, tels des marionnettistes malfaisants, alors que les médias ne font guère que répéter ce que la majorité des gens savent déjà et veulent entendre, ce qui donne un résultat étrangement similaire, à l'exception près que le marionnettiste ne fait guère que tirer sur les ficelles alors que la marionnette à déjà commencé à lever le bras. Mais Gémini, lui, savait comment réellement influencer l'audience. Il pouvait aller à l'encontre de la masse si il voulait. Et de ses patrons aussi. Et d'à peu près tout le monde.
そうだ。
彼はこれからも素晴らしい人物だし、ずっとそうだった。
ストレスで死にたくなるときには、確信を持っていることが重要なのだ。
オクタヴィオ・ジェミニは上着の裾についた吐瀉物の小さなしみに気づく。

« Hijo de puta ! » jura-t-il.

Puis il se rendit compte qu'il venait de confondre l'italien et l'espagnol, et toutes ses convictions s'écroulèrent.


ルベル博士はほほえみながらテレビを点ける。ギロチンが頭を落としても残りの身体はおおよそ無傷であるように、クビ切りの大鉈がふるわれても彼は無事であった。アレフの旧検閲・偽情報部門DCDで、ルベル博士はまあまあ……目立たない人物だった。執行部の一員。“詳細なスケジュールを調整する”役目を担い、あらゆる栄誉が……ほかへ行っていた。

確かに首は落ちた、だけど身体はうまく命を取り留めた。私を見てみろ、とルベル博士は思う。DCDのトップに就くのをつねづね夢見てきたが、いくらかのやつは死にそうにもなければーー引退しそうもない。しかし結局、DCDに行きたがってたのはどいつだ? いくらやっても尽きない、無用な書類仕事。他人の尻拭い。ごめんだね。

アレフの閉鎖、そして以前の同僚たちの大半が一般社会に再導入されるに伴い、ルベルには新しいポスト、もっと面白いことが回ってきた。パリに監視センターが設立され、扱いのやや難しい再導入をすべて管理するのだ。内部保安部門所属のエージェント一握りと、管理部門のいくらか、そして彼ルベル博士。かれらが難を逃れた。

ルベルは“再導入”という言葉が好きだった。あたかも自然環境へというように。動物、そうさ、やつらは動物なのさ。六角形の巨大な動物園に放たれた動物たち。そしてルベルはかれらの飼育員のひとりに成り上がったのだ。ルベルのお気に入りのひと時がやってきた。園の盛大なるショー。ルベルは毎日のテレビニュースにチャンネルをザッピングする。ゴリラがものを話そうとするのはいつ見ても愉しい、とルベルは思う。それがサルと人間の違いだな。私はサルを抜け出した、進化しているのだ。それは誰にでもできることじゃあない。

そして笑みは消える。


« …la grève de la SCNCF… de… de la Fondation SNCF… euh… ne devrait plus tarder à prendre fin, alors que…

- Mais qu'est-ce qu'il fait ?! grinça Ambroise entre ses dents. Ça fait trois minutes qu'il bafouille pour un sujet de cinq minutes, il va nous faire prendre un retard pas possible !

「局は大喜びだよ」

シリルは応じた。

人気絶頂、夜8時のスターに何が起きるのかみんな知りたがってる。今年のノエルのコメディアンになってるのは誰か当ててみない?」

「人がこんなに冷や汗かいてるところ見たことない! あの人今に死にそうよ!」

「……大規模なカバー……大規模な団体交渉が職員により開始され、旅客へのしょ、記憶処、補償の可否を……うう……」

「実は」シリルが続けた。

「あいつが放送終了までに気絶するかしないか、チームの何人かで賭けてるんだよね」

「なんて?」

「ま、ぼくは天気予報までもたないに賭けてたよ」

アンブロワーズはシリルから顔をそむけ、唇を食み、それからようやく20ユーロ札一枚を寄越した。

「教育相の最新宣言に触れる前にそうなるに違いないわ。あんなにまごついて切り抜けられるわけがない、あいつは目をあちこち回すでしょうね、絶対に」

「まあ見てなよ!」

シリルは叫び、にやつき顔で紙幣をつかみ取る。

大粒の汗がいくつもキャスターのメモ束に落ち、メモはほとんど読めなくなっていた。向かいにはカメラのレンズに自分が反射して映っている。というより、彼はなにかが映っているのを見た。いや、映っているのは誰だ?

メモ束を取り落とし、オクタヴィオは視線をプロンプターへと向ける。プロンプターの世話になることなどこの時まで決してなかった。

« ううむ… 続きまして! Le Ministre de l'Education Nationale est revenu aujourd'hui sur ses propos concernant le port du voile dans les établissements scran-scolaires ! Plusieurs organisations en effet ont été courroucées par la permissivité que celui-ci s'était aketerdé concernant le port ostentatoire des signes religieux dans les édifices publics. Celui-ci a en effet déclaré : "やあ、ジェミニ…… »

ジェミニは口ごもった。
ルベルは息を止めた。
アンブロワーズは唇を噛む。
シリルは金勘定をする。
ジェミニは再びプロンプターにくぎ付けになった。

やあ、ジェミニ。プロンプターが告げていた。
もう同僚のことは覚えていないかな?
家族団欒は気に入ったかい?

ジェミニはもうプロンプターを読んではいなかった。ものを読むためには、意識が保たれていなければならないのだ。

瞬間、アンブロワーズの財布扱いが決まった。

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